Les gothic lolitas

     Si on parle de gothic lolitas à des français, peu d’entre eux verront de quoi il s’agit et beaucoup penseront à des choses qui n’ont rien à voir avec notre sujet.

En effet, le phénomène gothic lolita est une mode vestimentaire japonaise très en vogue de nos jours et qui s’exporte en Europe et aux Etats Unis.

Son nom décrit bien l’allure de ses adeptes.

« Gothic » car elle se base sur l’esthétique de ce mouvement avec ses tenues élégantes, sombres et travaillées dans un style 19ième siècle ou punk, et « lolita » car elle utilise une imagerie de  petite fille faussement innocente.

Les tenues des gothic lolitas sont le plus souvent sombre, raffinées et surtout très travaillées dans les moindres détails.

Cette mode s’inspire principalement des poupées de porcelaine ou des petites filles du 19ième siècle. Claudia, l’enfant vampire du roman « Entretien avec un vampire » d’Anne Rice, pourrait être une parfaite gothic lolita.

L’ « Alice aux pays des merveilles » de Lewis Carrol dans un registre plus sombre serait également un modèle parfait de gothic lolita.

Sinon on y retrouve diverses inspirations vestimentaires du 19ième siècle comme les dandys, les gouvernantes, ou les dames élégantes.

     Les origines de cette mode sont tout d’abord liées au mouvement gothique. En effet les tenues sombres, froides et élégantes montrent bien cette influence. Et on retrouve très bien les tenues des gothiques romantiques du 19ième siècle et celle post-punk des années 80.

Mais au delà des tenues on ne peut pas nier que les gothic lolitas n’apprécient  pas l’esprit gothique.

Leur esthétique reflète l’attirance pour le passé et la mélancolie, la recherche de la beauté dans le côté sombre des choses et également un malaise par rapport à la société actuelle qui sont les caractéristiques même du mouvement gothique.

Si ceci est valable pour toutes les personnes appréciant ce mouvement, ce qui différencie cette mode est sa popularité.

Comme vous le savez, le Japon n’a connu le mouvement gothique que tardivement avec sa renaissance dans les années 80 et cette relative modernité peut être une cause de cette popularisation, mais de nombreux facteurs y ont contribués.

Tout d’abord le manga KissXXXX de Kusumoto Maki datant du début des années 80 dont l’un des personnages est habillée comme une poupée dans le genre gothic lolita.

Et ensuite, Mana, guitariste japonais androgyne qui développe son look de poupée de porcelaine lorsqu’il crée en 1992 le groupe de rock visual kei (tendance ou les artistes apportent autant de travail au visuel qu’à la musique) : Malice Mizer. Mana devient ensuite une icône et il permet donc à la mode gothic lolita de se populariser.

Plusieurs créateurs japonais se sont ensuite lancés dans cette mode, et de nombreuses marques ont gagnés en importance.

Ils proposent des vêtements basés sur les premières influences de la mode gothic lolita, tout en se permettant des dérives ou des complexifications.

Chaque marque ou chaque créateur ont cependant une ligne directrice générale qu’ils conservent(Gothic lolita classique, Punk lolita…etc)

Parmi les plus connus on peut citer Alice Auaa, H. Naoto, Moi-même-moitié, Classic lolita, Métamorphose temps de filles ou Atelier Pierrot.

Plusieurs magazines ont ensuite contribués à cette popularisation en dédiant des dossiers spéciaux à cette mode. Et certains ont été crées pour porter spécialement sur celle-ci.

Parmi eux, le « Gothic et lolita bible » est une véritable institution.

Ce magazine porte bien son nom car il couvre tout les aspect possibles et imaginables de cette mode, et toute bonne gothic lolita se doit de le collectionner si elle souhaite être à la page de l’actualité de sa mode.

En effet, on trouve dans ce magazine toute l’actualité des artistes de visual kei, des créateurs et des marques gothic lolitas, des conseils maquillage, coiffure décoration d’intérieur, des patrons pour qu’elles se créent elles même vêtements et accessoires, et même des recettes de cuisine originales.

Le « Gosu rori » est le deuxième magazine spécialisé sur cette mode existant, et il propose de nombreux patrons de vêtements et accessoires et quelques conseils maquillage et coiffure.

     Mais on peut se demander pourquoi certains jeunes japonais ont un tel engouement pour une mode aussi décalée et extravagante.

Tout d’abord, le fait qu’ils se reconnaissent dans le mouvement gothique est une raison de leur adhésion à cette mode, mais cette seule raison ne justifie pas à cet engouement.

Le fait que les lycéens soient obligés de porter des uniformes pendant qu’ils sont à l’école, ce qui leur interdit toute forme d’originalité, peut justifier leur attirance pour cette mode qui leur permet d’extérioriser leur personnalité en s’habillant de façon originale et extravagante. Ce constat est valable pour d’autres modes excentriques  (le « kawaï » par exemple) comme le montre le magazine FRUITS.

C’est peut être aussi plus généralement une révolte pacifiste contre la société de consommation que l’ont retrouve aussi dans le mouvement punk. Un discours passant par le look et l’art de l’esthétisme en général pour dénoncer la régression de notre société.

Et son importance peut être justifié par la société japonaise où la vie professionnelle a une grande importance et où la soumission aux règles est obligatoire.

Et vis à vis des filles, cette mode peut révéler un refus de la femme passive destinée à faire marcher le foyer et élever les enfants pendant que son mari s’occupe de gagner de l’argent pour le ménage. L’image de la poupée impassible et froide aux vêtements couvrants cherche peut être à dénoncer cet état pour faire évoluer les mentalités tout en utilisant la tradition de respect japonaise par opposition aux Ganguros qui n’hésitent pas à la bousculer.

Mais c’est aussi  parce qu’ils prennent exemple sur leurs artistes préférés(ici de visual kei) pour s’affirmer et avoir un look qui correspond à leurs goûts comme tout les jeunes.

Et peut être aussi, que le fait que cette mode stimule leur créativité en leur permettant de se créer leur propres vêtements joue aussi sur le fait qu’ils l’apprécient tant.

C.D. Aradia